La Souterraine

Exposition – du 16 au 19 février 2018

Galerie POS, 49 rue d’Hauteville, 75010

Écrite par Marine Riguet et mise en encres par Emma Duffaud, La Souterraine est une oeuvre en spirale, qui creuse et décompose à force de tourner autour d’une absence. Le deuil amoureux est prétexte à un glissement progressif du monde vers sa déréalisation. Une voix suit le souffle d’impressions vives, se dépose et se défait sur ce qui est hors d’elle, et s’étire jusqu’à faire elle-même matière.
Les encres et les textes ont été réalisés en parallèle et gravitent autour d’un même ressassement intime. Ils se répondent tout en assumant leur pleine autonomie.

Catalogue et mise en scène par Elisa Garnero, Quentin Girard et Joseph Hadacek.

Lecture-performance de Coumba-Joanna Wone :

Page de l’événement

Voyant

Je me hors


Nuit pâle


J’ai perdu

Clamantis

 

Soleil fixe / bleu / comme une femme qui court
Comme la bouche d’été à peine tombée des arbres
Fixe devant
Les ombres, devant les voix qui s’en vont
Fixe devant / le soleil bleu
Et la nuit à bout d’ongle
Et le point levant
On ne reviendra
Pas dire ce que la marche amnésie de soi
Ce que la pierre fissure
Sous les genoux du père, ce qu’on ne retient pas
On ne reviendra
Pas remuer le sel des corps recrachés
Entremêlés doigts à doigts
Pas tracer de carte mémoire avec la pelure de nos poids
On ne reviendra
Pas / fixe / comme les croix des clôtures
Comme les granges nues courbées par l’ardoise
Brûlée, et les jours qui gargouillent
On ne regardera
Pas le pays abandonné avec les sacs de billes
On ne racontera ne regagnera
Pas ce qui a précédé le voyage
Que devant / devant
Le soleil comme une mer qui s’ouvre
Comme l’enfantement
Les pieux des tentes dans le sable
Et nous bruissant
Comme des navires de bois
Devant le soleil roi qui se prétend citerne
Bu à la gorge
… / Et toi
Qu’as-tu pris dans tes poches
Qu’as-tu pris, oui
De la mère pieds nus sur le carrelage froid
Des attentes tatouées et des cailloux laissés
A la consigne, as-tu peur encore
Toi / as-tu emporté ton nom
Autour du cou, en métal, ou dans la chair de ton bras
Qu’as-tu
Que le soleil ne délave pas /…
Il n’est plus que terre vive
Contre soi, le flanc plein de son roi
Sans pourrissement sans gerçure
Seulement le monde
En écorce, seulement
Réapparition / Et toi
Qu’es-tu venu remuer ou perdre
Que crois-tu épouser dans tes pas
/ Là / Où il n’est seule beauté que l’eau sans visage
Où il n’est d’autre mot que toi
Le carton a été mâché par la pierre
Sais-tu
La nuit a retiré ses bras
Elle laisse l’ombre à l’enfant que tu aurais pu être
Et s’incline / fixe / devant


Minuit peau nue peau noire comme les blés
Suppose
d’autres vergers au travers des fenêtres
d’autres lunes de pierre balayant les crachats
des fredonnements encore bleuis d’enfance
raccommodés, suppose
la clameur éblouie d’un nulle part qui t’espère
Suppose qu’on ait
Suppose une heure
une nuit à rompre avec les doigts


Entends ce bruit, ce crépitement de bois
C’est le cerf noir qui cède
Malgré les juifs des cheminées et les gitans semés
Pour rien
Malgré les flocons que l’on croyait saufs entre nos dents
Parmi les pins trop nus, peuplés d’ombres sauvages
Qui grimacent comme des feux de forêts
Comme l’hier des autres qui n’en finit jamais
Et nos doigts crampons jetés sur les cages
En vain
Leurs épopées de sueur et de papier
Leurs rides muettes au retour de voyage
Et les pertes en chemin
L’enfance égrenée dans l’auge
En attendant
Mais rien
Qu’une étincelle dans la nuit
Le bruit du cerf qui s’effondre, et le matin.


Après toi, c’est l’heure qui se referme
La pluie en fureur sur les foules, les corps qui se donnent
Et s’arment comme ils s’aiment
Avec acharnement
C’est le délire des trottoirs ruisselants de fuyards
Dévorant les visages sans voix
Le vertige des icônes alors que tout flamboie
Que la terre se retire.


Au détour des tempêtes
Des terres broyées
Des peuples mordorés submergés dans l’incantation des soirs
Autour des feux noirs, des yeux brûlants, des chairs en nage
Ça rugit et ça saigne d’amour
Comme nous, le cœur pourpre
Ça sillonne l’oubli
Ça brave la honte des parents enterrés
Au bord des sépulcres
Comme nous, gitans délavés
Ils ont brisé la lune avec leurs dents.

Le champ des louves

Recueil poétique co-écrit par Sonia Branglidor et Marine Riguet.
Librairie-galerie Racine, Paris, 2014.


Dans le noir dérobé aux ténèbres, dans le ventre du temps
Les torches des absents effilent au vertige
Et l’amour des louves et la stupeur des chants.

[…]

Leurs taches brunes s’effeuillent à travers les passants les passions sans trêve
Comme elles dansent
La nuque livrée, absente
Aux défaillances du temps
Comme elles dansent
Le front appuyé sur les vents écarlates
Pierres fondues croix franchies
Sur les brasiers que la flamme
Écarte devant elles.

 

Adapté à la scène par Sonia Branglidor et Mattéo Fortin, et joué par la troupe de l’Atelier théâtre de Chaptal au Théâtre de la Ville Paris-Villette en juin 2014.